Archives pour avril 2008

Six mois après… un changement au FMI

Jeudi 24 avril 2008

Tribune rédigée par Rodolphe Kauffmann, Délégué national du PS à la réforme des institutions financières internationales.

Cela fait six mois que Dominique Strauss-Kahn a pris les rênes du fonds monétaire international. Dans un contexte économique international marqué par la crise hypothécaire, les déséquilibres de taux de change, le renchérissement des matières premières agrico¬les et énergétiques, DSK a amorcé un programme de réforme du FMI conséquent.

En effet, alors que l’institution végétait depuis des années dans un rôle de gendarme macro économique qui prêtait de l’argent en contrepartie de règles d’ajustement structurel drastiques pour les pays concernés, le nouveau directeur général a posé les premiers jalons d’un changement de paradigme dans les programmes d’investissement et le gouvernement du fonds.

Depuis des années, DSK considère qu’il est possible de réguler la mondialisation. Lors de sa campagne devant promouvoir sa candidature, Dominique Strauss-Kahn a dégagé trois grands axes de réforme dans la droite ligne des propositions de notre Parti concernant une refonte des institutions financières internationales.

En premier lieu, Dominique Strauss-Kahn souhaitait s’attaquer à la réforme de la gouvernance du fonds en rééquilibrant la représentativité des pays membre par une ré-allocation des quotes-parts et par la création d’un double collège.

L’autre axe concernait le recentrage du fonds sur ses missions premières d’intervention sur les politiques monétaires et les mécanismes de contrôle des marchés financiers.

Enfin, Dominique Strauss-Kahn voulait ouvrir un nouveau chantier concernant les politiques de développement des pays du Sud. Partant du principe que les crises potentielles liées aux déséquilibres de développement impactaient sur l’ensemble de l’économie mondiale, DSK ne désirait pas cantonner le FMI dans son rôle de père fouettard des économies du Sud.

1. Construire une nouvelle gouvernance

Début avril 2008, le nouveau directeur général du FMI a pu annoncer une première réforme de la représentativité des pays membres. L’enjeu était de taille, sans cet effort le risque était de voir l’institution tomber dans l’obsolescence du fait d’une perte d’implication des grands pays émergents (Inde, Chine, Brésil, Mexique, Afrique du Sud), nouveau créditeur du fonds et pourtant toujours sous-représentés au niveau des quotes-parts.

Un transfert de droits de vote significatif a été opéré au bénéfice des pays du Sud. Cette réforme est la première phase d’un rééquilibrage plus important devant déplacer de 10 points à termes les quotes-parts des pays industrialisés vers les pays en développement.

C’est un premier pas vers une démocratisation des prises de décisions du fonds au profit des pays en développement, mais il reste du chemin à parcourir.

La question des quotes-parts ne pourra suffire à rendre la gouvernance du fond plus représentative. L’idée de « double majorité » avancée par Dominique Strauss-Kahn a été rejetée par une majorité de pays membres car elle favorisait certes certains grands pays émergents, mais aussi, paradoxalement les Etats-Unis.

L’autre objectif de DSK est de réduire le nombre des membres du Conseil d’administration pour mécaniquement contraindre l’influence des pays développés. Là encore, des réticences se sont exprimées.

Pour autant, DSK préfère mettre en avant l’aspect dynamique de ce premier compromis. Reste à savoir si le rythme de ces évolutions influera sur les politiques effectives du fonds. Dans ce contexte, seul un triplement des droits de base pour les pays les plus pauvres permettra le rétablissement d’un meilleur équilibre.

2. Réguler les marchés financiers mondiaux

Tous les observateurs ont pu constater une évolution notable du discours émanant du FMI ces dernières semaines.

Avait-on déjà entendu un directeur général du fonds constater la menace pour l’équilibre géostratégique mondiale des émeutes de la faim ou prôner, non pas les coupes sombres dans les budgets des pays en développement, mais, au contraire la promotion des politiques publiques en faveur de l’éducation, de l’environnement ou de la parité homme-femme ?

Avait-on déjà entendu un directeur du fonds affirmer le besoin d’une intervention publique forte dans la crise du crédit et la nécessité « de préparer des politiques de relance » dans les pays entrant en récession ?

Ce retournement idéologique n’est pas seulement dû au contexte de crise mondial, il est le signe avéré d’un tournant dans l’histoire du fonds monétaire.

Pour la première fois depuis le début de la « révolution néo-libérale », un directeur d’une institution financière internationale prône la régulation, le respect des objectifs du millénaire pour le développement, des politiques de contrôle des marchés, une intervention publique et une relance mondiale contra-cyclique.

3. Faire du FMI une banque du développement

Face à la colère des populations luttant contre la vie chère dans les pays du Sud, DSK a mis en avant la possibilité de subventionner les prix des denrées de première nécessité. Là encore, nous sommes à front renversé quant à la culture du FMI qui, au contraire, a toujours soutenu les cultures d’exportation sur le libre marché au détriment des productions de subsistance.

Aujourd’hui, la question des famines ne vient pas de la raréfaction des capacités productives, mais de l’utilisation des surfaces agricoles et des denrées produites dont la manne ne profite pas aux populations. L’inversion des logiques de subventions est au coeur du cycle de Doha de l’OMC. Il serait légitime que pendant un certain temps des économies en développement puissent préserver leurs industries naissantes pour permettre à tous de profiter à long terme de l’expansion des échanges.

Sachant que le soutien transitoire aux prix va entraîner un déséquilibre de la balance des paiements des pays pauvres, DSK vient de proposer de faire évoluer les critères de prêt du fonds pour soutenir les budgets publics des pays en proie à la crise alimentaire.

Par ailleurs, pour que cette inflexion, dans les termes de l’échange, portée par DSK prenne tout son sens, le FMI doit devenir une véritable banque de décaissement au service des multilatérales onusiennes oeuvrant au développement. Le fait d’abonder très rapidement le Programme alimentaire mondial et de créer un fonds de 500 millions de dollars est déjà le signe d’un début de synergie entre les différents organismes mondiaux et le G8.

Six mois et déjà un bilan ! Le fait n’est pas anodin.

Jamais un directeur général du FMI n’a pu avancer sur autant de fronts en si peu de temps. Ce constat est du en grand partie à la légitimité du mandat de DSK auprès des pays du Sud acquise lors de sa tournée mondiale précédant sa désignation. Mais elle est aussi le reflet des effets positifs du social-réformisme appliqué à la régulation de la mondialisation, surtout en période de grand vent.

Pour autant, puisque DSK croit plus à la somme des « petits matins », plutôt qu’au seul « grand soir », rappelons qu’il reste encore beaucoup de changements à accomplir.

Citons pelle mêle, la création d’un représentant unique de l’UE ou de la zone euros au conseil, un label FMI pour les prêts bilatéraux venant de pays émergents créditeurs, une intervention sonnante et trébuchante dans la crise alimentaire « dans les 100 prochains jours », la lutte contre les paradis fiscaux la recapitalisation publique des banques de prêt ou encore la création d’un Conseil de sécurité économique et social qui imposerait des normes sociales, environnementales et financières.

Tous ces idéaux internationalistes que notre Parti et le PSE doivent continuer à promouvoir dans le débat public français et européen.

Faire baisser le prix des denrées alimentaires

Jeudi 24 avril 2008

Dominique Strauss-Kahn
Tribune publiée dans le Financial Times daté du 21 avril 2008.

Le haut niveau du prix des denrées alimentaires est un enjeu humanintaire grave. Il est également vecteur d’instabilité macroéconomique qui touche les budgets, les balances commerciales et bien sûr les revenus dans la plupart des régions du monde.

Le prix du rix a augmenté de plus de 50 % depuis le début de l’année et la plupart des prix des autres denrées augmentent fortement. Alors que l’on assiste à un ralentissement de l’économie, les prix augmentent, ce qui est le contraire de ce à quoi devrait s’attendre. Cela reflète en partie la forme demande en provenance des marchés émergents, mais la tourmente financière a aussi augmenté l’attractivité des denrées alimentaires comme classes d’actifs.

Les experts s’attendent à ce qu’à court terme, les prix (notamment ceux du pétrole de la nourriture) augmentent encore plus. Le résultat devrait avoir un effet dévastateur pour les plus pauvres qui consacrent souvent la moitié de leurs revenus à l’achat de nourriture.

Nous ne devons pas rester sans rien faire. Si nous n’agissons pas dès à présent, le monde sera entraîné dans une spirale infernale de restriction des échanges, d’augmentation des prix de produits de première nécessité et de famine. Le programme alimentaire mondial a un besoin urgent de fonds supplémentaires et le soutien à ses initiatives, bien menées, pour nourrir les pauvres et un devoir impératif moral et impératif.

Bien que l’aide soit un premier pas, nous devons être plus ambitieux dans le combat pour faire relever les défis de la disponibilité des ressources alimentaires sur le long terme.

Beaucoup de fermiers n’augmentent pas leur production parce qu’ils ne sont pas équipés pour ou parce que les logiques du marché ne les rendent pas gagnants quand les prix augmentent. Aussi, attendre que le marché se corrige de lui-même n’est pas une solution satisfaisante.

Nous ne devons pas perdre de vue les solutions sur le long terme. Cela signifie une démarche politique plus globale. Les politiques agricoles doivent changer. La hausse des prix des denrées alimentaires de ces dernières années est, en partie, le reflet de politiques bien intentionnées, mais mal conduites des économies avancées qui tentaient de stimuler les biocarburants fait à partir de produits alimentaires à l’aide de subventions et de mesures protectionnistes. Cette hausse des prix reflète également une politique de prix dans l’agriculture qui est imprudente dans certains pays en développement, et cela aussi a besoin d’être amélioré.

Personne ne devrait oublier que tous les pays dépendant du commerce ouvert pour nourrir leurs populations. Pourtant, nous cherchons toujours à agir au niveau national, par exemple en tenant de jouer sur les exportations, ce qui a un impact global désastreux. Si on achevait le cycle de Doha, cela serait d’une grande aide car cela réduirait les barrières douanières et les distorsions, surtout, cela encouragerait le commerce agricole.

LE FMI et la Banque mondiale participent à des discussions pour la stimulation économique aussi bien dans les pays industrialisés que dans les pays en développement. Les agences multilatérales développent des prêts destinés au secteur agricole des pays pauvres et de ceux à revenus moyens pour encourager et soutenir de bonnes politiques. Mais là, il faut en faire plus et la Nouvelle donne pour une politique alimentaire mondiale de la Banque mondiale est un pas en avant important.

Nous avons besoin, également, d’une nouvelle approche de réduction des risques et d’assurance au niveau aussi bien des agriculteurs que des États. D’importants progrès ont été réalisés dans ce sens par des donateurs au regard des risques catastrophiques ainsi que pour le développement de marchés à venir. Tout cela peut grandement aider à convaincre les agriculteurs que s’ils investissent, ils en recueilleront les bénéfices.

Nous devrions adopter une philosophie similaire pour appréhender les chocs, comme par exemples ceux causés par les prix de l’énergie ou de l’alimentation au niveau macroéconomique. Les Etats ont besoin d’être rassurés sur le fait que les garanties liées aux financements arrivent au moment où ils en a besoin. Le FMI jouera son rôle dans ce sens.

Pour les pays qui sont touchés par la crise du marché alimentaire, le FMI est prêt à fournir un soutien financier rapide pour répondre aux besoins de stabilisation des balances de paiements. Et nous aussi disponibles pour revoir nos facilités de prêt pour qu’elles soient appropriées à ce type de problème.

Nous avons une responsabilité morale à mettre de la nourriture entre les mains des pauvres. Le monde peut le garantir et la coopération internationale peut aboutir à fournir le cadre de travail macroéconomique et la motivation nécessaire pour construire des solutions durable au problème.

Source : A global approach is required to tackle high food prices.

Notre lettre (n°15)

Mercredi 23 avril 2008

Éditorial

Il est toujours assez mal aisé de défendre ses propres couleurs et notre sensibilité n’est pas des plus aguerries pour ce type de combat. Néanmoins, la désignation des candidats aux sénatoriales n’est pas sans poser un problème majeur, nous demeurons une des seules sensibilités à n’avoir aucun parlementaire en son sein. Or nous ne sommes pas les moins méritants en matière de militantisme. Retour sur une désignation en cours.

La première des difficultés consistait à affirmer la dignité d’une candidature, celle de notre ami Jacques Tomasi. Élu municipal, ses principales qualités sont d’être issu du milieu de l’industrie, d’être syndicaliste et d’avoir animé le secteur entreprise de la fédération. Il est évident que l’électoralisme ne privilégie pas ce type de profil mais l’exigence politique doit néanmoins faire prévaloir ses priorités. Nous n’avons pas été écouté sur ce point alors même que l’article 19 de notre projet de déclaration de principes affirme que le Parti socialiste est un parti populaire ancré dans le monde du travail.

La seconde revendication que nous portions consistait à faire entrer dans la réalité le mandat unique parlementaire. Nous n’avons pas été entendu là non plus. Rien ne se fera sans qu’une loi n’impose un saut qualitatif en la matière. Il n’y aura pas de comportement exemplaire ni d’anticipation sur un calendrier national. Il est urgent que le prochain congrès procède à des éclaircissements sur cette question.

Nous n’avons pas hésité à nous faire entendre sur ces deux sujets sans trouver encore d’interlocuteur convaincu.

Enfin, que pouvons-nous dire sur l’avenir ? Il nous appartient d’apporter de la clarification. L’objectif de Socialisme & démocratie a été de délaisser un rapport purement critique pour miser sur les apports positifs de l’économie de marché tout en étant attentif aux conditions de la création des richesses. C’est ce que nous avons défini comme le socialisme de la production. Cet objectif qui nous était propre, il nous appartenait de le faire partager. Depuis notre création, nous avons pu observer le ralliement de beaucoup de camarades à ces idées. Le prochain congrès sera donc l’occasion de vérifier ce pressentiment.

Pour télécharger notre lettre au format pdf : Lettre numéro 15.

Bâtir une nouvelle identité au Ps

Lundi 21 avril 2008

Présentation du texte “ Bâtir une nouvelle identité au Ps ” et débat avec Jean-Christophe Cambadélis, député de Paris et Secrétaire national du Parti socialiste, jeudi 15 mai 2008 à 20 h 30, à la fédération, 2 bis rue Lejeune, M° Compans Caffarelli.

Quelques renseignements :
Intervention de JC Cambadélis au Conseil national du 25/03/08,
texte 1 : Bâtir une nouvelle identité au Ps,
texte 2 : Pour un contrat de rénovation.